Face à un début d'effacement, Macron invoque les crises et se pose en "garant"

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Le président de la République Emmanuel Macron à Paris le 18 septembre 2026
Le président de la République Emmanuel Macron à Paris le 18 septembre 2026 ( Thomas SAMSON / POOL/AFP )

Confronté à une fin de règne qui s'accélère au même rythme que la campagne pour sa succession, Emmanuel Macron s'assigne le rôle de "garant" d'un débat électoral "éclairé", à la manoeuvre face aux crises géopolitiques qui pèsent selon lui sur les enjeux de la présidentielle.

Le président sortant, qui ne peut briguer un troisième mandat au printemps, a réuni vendredi les chefs de parti ou candidats à l'Elysée pour un "exercice de transparence" sur "les menaces" venues de Russie, et "les conséquences économiques" du conflit au Moyen-Orient.

Et il s'est dit prêt à recommencer autant "que ce sera nécessaire et pertinent pour la qualité du débat démocratique", dans un "rôle de garant".

Emmanuel Macron, que son entourage aime dépeindre en "président des crises" qui aura navigué à travers celles des Gilets jaunes ou du Covid-19, est déjà en train d'ajouter à sa collection une crise des carburants, avec un prix record du gazole à la pompe.

Mais on sent poindre, au sommet de l'Etat, la crainte de finir sa décennie à l'Elysée sur une double crise sociale et financière, alors que les appels à la mobilisation se multiplient et que les taux d'intérêt de la dette française s'emballent.

Alors qu'il fustigeait, il y a deux ans, ceux qui faisaient "peur aux gens" en agitant la menace des marchés, le président a lui-même alerté sur les "tensions sur les finances publiques" dans le huis clos du Conseil des ministres de rentrée, à la veille d'un débat budgétaire plus compliqué que jamais.

Emmanuel Macron ne s'était pas exprimé publiquement sur ces sujets depuis la fin de la pause estivale.

Page tournée

Le président de la République Emmanuel Macron à Paris le 18 septembre 2026
Le président de la République Emmanuel Macron à Paris le 18 septembre 2026 ( Thomas SAMSON / POOL/AFP )

Il s'est certes démultiplié, en Suède pour un contrat d'armement, aux Pays-Bas sur la souveraineté technologique, à Londres pour dévoiler la tapisserie de Bayeux prêtée au Royaume-Uni, ou encore en Lozère pour la rentrée scolaire et dans le Vaucluse auprès des premiers volontaires du nouveau service militaire.

Mais tout cela pour peu de reprises médiatiques. Même les acteurs politiques, longtemps prompts à commenter le moindre de ses faits et gestes, semblent passés à autre chose.

"La rentrée a été marquée par le démarrage tonitruant de la campagne" pour la présidentielle, constate Adélaïde Zulfikarpasic, de l'institut de sondages Ipsos BVA.

Or, dit-elle à l'AFP, les électeurs expriment dans les enquêtes d'opinion "un souhait de changement ultra-marqué". "Les gens ont déjà tourné la page ou sont pressés de la tourner", et "on a le sentiment que ce que dit ou fait Emmanuel Macron n'imprime plus autant", ajoute-t-elle.

Dans le baromètre de son institut, la popularité présidentielle est à son plus bas historique en septembre, à 16% seulement d'opinion favorables. Et la plupart des sondeurs constatent une chute marquée auprès des électeurs de son propre camp.

Autour du chef de l'Etat, on convient que le démarrage de la campagne mène "naturellement" à ce début d'effacement.

Mais on veut croire que "son positionnement de garant" lui assurera quelque projecteur "jusqu'au bout".

C'est ce qu'il a commencé à mettre en scène vendredi.

Sentiment d'impuissance

Le président de la République Emmanuel Macron à Paris le 18 septembre 2026
Le président de la République Emmanuel Macron à Paris le 18 septembre 2026 ( Thomas SAMSON / POOL/AFP )

Lors d'une conférence de presse impromptue, il a dressé un sombre tableau des risques internationaux, appelés à durer des mois.

Avec un message-clé: la flambée du prix de l'essence est "due intégralement aux guerres", et donc il serait vain de manifester sur les ronds-points.

Et, privé de leviers nationaux depuis sa dissolution de l'Assemblée nationale en 2024, il a insisté sur l'action qu'il peut encore mener, la diplomatie, en traitant "les causes" de la hausse des prix.

Une posture qui peut laisser un sentiment d'impuissance, d'autant que ses opposants lui ont eux réclamé des aides plus massives pour soutenir le pouvoir d'achat des Français.

Mais au sommet de l'Etat, on assure que l'action de la France et de ses partenaires, "sous les radars", pour relancer la circulation du brut au Moyen-Orient, peut avoir plus d'effets à court terme qu'une baisse des taxes.

Alors qu'il a promis de ne pas s'immiscer directement dans la campagne, le président s'est refusé vendredi à commenter publiquement les positions des candidats.

En creux, le message semblait néanmoins clair: le débat actuel n'est selon lui pas à la hauteur des enjeux, et les promesses sont déconnectées de la réalité de la situation.

Emmanuel Macron a promis de reprendre la parole la semaine prochaine. Il pourrait s'exprimer jeudi, et passer encore un cran pour prendre à partie l'opinion sur la gravité de la situation.

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