Pourquoi les géants des infrastructures se disputent Getlink ?
(Zonebourse.com) - Eiffage et Mundys montent au capital de Getlink, exploitant du tunnel sous la Manche. Les deux entreprises seront bientôt toutes deux placées juste en dessous du seuil d'OPA obligatoire, sans avoir l'intention, à ce stade, de sauter le pas.
Jadis délaissé par les investisseurs pour avoir fait perdre leurs économies à des milliers de petits porteurs trop crédules, Eurotunnel, rebaptisé Getlink, est désormais courtisé par les spécialistes de la concession. Le titre n'a baissé que deux fois au cours des dix dernières années, en 2020 et en 2024, preuve que son modèle économique est stabilisé et qu'il a des atouts à faire valoir.
Actuellement, deux pôles de poids dominent le tour de table
Atlantia (rebaptisé Mundys) est entré au capital de Getlink au début de l'année 2018 en rachetant les 15,49% du capital détenus par un fonds infrastructure de Goldman Sachs à 12,40 EUR l'action. A l'époque, le groupe italien étend aussi sa présence en France dans le secteur en rachetant Abertis, qui contrôle l'opérateur autoroutier Sanef. Désormais, il possède aussi SAPN (Normandie), les aéroports de Nice et Cannes et l'autoroute A63 reliant Bordeaux au Pays Basque. Mundys signale avoir investi 11 MdsEUR en France depuis son entrée sur le marché.
Eiffage, pour sa part, a pris pied dans le tour de table quelques mois plus tard, en décembre 2018, en acquérant 5,03% pour 307,5 MEUR (soit environ 10,70 EUR l'action). Le groupe a acheté 13,7% additionnels en 2022 pour 1,2 MdEUR (15,84 EUR par action), devenant ainsi le premier actionnaire de Getlink, avec 18,79% du capital. En 2025, Eiffage acquiert une fraction importante additionnelle à 17,70 EUR par action, pour monter à 27,6%. Après un achat récent, le groupe détient désormais 29,40% du capital et 29,91% des droits de vote.
Un bras de fer entre les deux groupes ?
Au vu de la montée au capital quasiment simultanée d'Eiffage et Mundys, qui viennent renforcer leurs positions juste en dessous du seuil d'OPA obligatoire, on pourrait imaginer un bras de fer entre les deux groupes. Ce n'est pas l'avis d'Egor Sonin (AlphaValue), qui y voit une autre logique. "Mundys est significativement exposé à l'Amérique latine, il est donc naturel pour le groupe d'équilibrer une partie de son risque de change avec des actifs générant des cash-flows en devises fortes. Getlink est un actif d'infrastructure rare, défensif, avec des cash-flows relativement lisibles, et exposé à la France, qui est déjà un marché clé pour le groupe", explique-t-il.
Ces caractéristiques entraînent des valorisations relativement élevées, comme le soulignait Bank of America en début d'année. La capacité de groupes comme Eiffage à renouveler les concessions arrivant à l'échéance reste "préoccupante", expliquait le bureau d'études en évoquant le cas d'APRR (échéance 2036), sauf à accepter de payer un prix élevé "comme l'illustre la récente augmentation de la participation dans Getlink".
Pour autant, le raisonnement chez Mundys et chez Eiffage n'est pas vraiment différent. "Les deux groupes paraissent surtout s'inscrire dans une logique de diversification de portefeuille autour d'un actif d'infrastructure stratégique et défensif", ajoute Egor Sonin.
Quel avenir pour l'actionnariat Getlink ?
Les deux sociétés ont exclu toute intention de lancer une offre publique d'achat sur le groupe, en tout cas pour le moment (l'engagement vaut pour 6 mois en droit français). Getlink se retrouve donc dans une situation où deux grands co-actionnaires ont des intérêts convergents à long terme.
L'absence d'aspect spéculatif à court terme n'empêche pas le titre de grimper de 4% après l'annonce de Mundys. Non seulement parce que les réinvestissements des deux actionnaires sur des multiples élevés montrent leur confiance dans l'avenir, mais aussi parce que les paris sur le contrôle de l'entreprise restent ouverts à long terme.
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source : AOF
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