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Au Salvador, les disparus, grands oubliés de la politique de Bukele

| AFP | 125 | Aucun vote sur cette news
Tomasa Lopez, à côté d'un autel dédié à sa fille Kathya, disparue en 2016 à l'âge de 16 ans, le 20 mars 2026 à Mejicanos, au Salvador
Tomasa Lopez, à côté d'un autel dédié à sa fille Kathya, disparue en 2016 à l'âge de 16 ans, le 20 mars 2026 à Mejicanos, au Salvador ( STRINGER / AFP )

Il y a quatre ans, le quartier de Tomasa Lopez, perché sur une colline du nord de San Salvador, était encore sous la coupe d'un puissant groupe criminel. Depuis, le président Nayib Bukele est parvenu à en finir avec les gangs qui ont fait disparaître des milliers de personnes dans le pays, mais personne n'aide cette mère à chercher sa fille.

Au bord d'un ravin, dans le district de Mejicanos, Mme Lopez, 46 ans, montre du doigt ce qu'elle pense être la fosse clandestine où gisent les restes de Kathya. Cette dernière avait 16 ans quand, il y a dix ans, elle est sortie retrouver une amie au parc. Elle n'est jamais revenue.

Dans son quartier aux ruelles en terre, en partie déserté par les habitants ayant fui la violence du gang Mara Salvatrucha (MS-13), Mme Lopez habite une modeste maison. Des bougies brûlent devant le mur où des photos de Kathya sont accrochées.

"Une façon de la maintenir en vie", dit cette femme vêtue d'un tee-shirt à l'effigie de sa fille. Elle s'est fait tatouer le prénom de Kathya sur l'épaule.

Tomasa Lopez montre un tatouage sur son bras dédié à sa fille Kathya, disparue en 2016, à Mejicanos, le 20 mars 2026 au Salvador
Tomasa Lopez montre un tatouage sur son bras dédié à sa fille Kathya, disparue en 2016, à Mejicanos, le 20 mars 2026 au Salvador ( STRINGER / AFP )

Il y a près d'un an, le président salvadorien Nayib Bukele a assuré que 90% des disparitions dans ce pays d'Amérique centrale étaient des "homicides déguisés".

Cela implique que 200.000 personnes auraient été tuées par les gangs au cours des trois décennies durant lesquelles ils ont terrorisé le pays, et non 120.000 comme estimé jusque-là.

Le dirigeant a instauré en 2022 un régime d'exception qui a conduit à l'arrestation de dizaines de milliers de personnes accusées d'être des membres de gangs.

Cette stratégie a suscité un espoir au sein des familles de disparus. De courte durée.

"Ce sont dix ans de recherche, d'attente d'une réponse de la police, du parquet ou de la médecine légale. Mais pour eux, ceux qui disparaissent cessent d'exister", affirme avec amertume Mme Lopez auprès de l'AFP.

"Aucune volonté de nous aider"

Un autre gang, le Barrio 18, a assassiné en 2006 le mari de Carmen Armero. Quinze ans plus tard, il a fait disparaître son fils Herber, un universitaire polyglotte qui prévoyait de se marier.

Un portrait d'Herber Argueta, étudiant disparu en 2021, au domicile de sa mère Carmen Armero, le 20 mars 2026 à Mejicanos, au Salvador
Un portrait d'Herber Argueta, étudiant disparu en 2021, au domicile de sa mère Carmen Armero, le 20 mars 2026 à Mejicanos, au Salvador ( STRINGER / AFP )

"Ce que je veux, c'est le retrouver", vivant ou mort, "peu m'importent les coupables", dit d'une voix brisée la sexagénaire dans le salon de sa maison, également à Mejicanos.

Présidente d'un groupe de recherche de personnes disparues, elle affirme que les autorités cachent l'existence de cimetières clandestins afin de ne pas nuire à l'image de "pays sûr" que veut se donner le Salvador de Bukele.

Fernando, vendeur ambulant, la trentaine, a lui disparu en 2022 sur le marché de San Ana, ancien territoire de la MS-13 situé à 65 km de la capitale. Sa mère, Sandra Gallegos, 53 ans, aimerait chaque matin "prendre une pioche et une pelle" pour aller creuser.

Carmen Armero montre un portrait de son fils  Herber Argueta, disparu en 2021, près d'un petit autel érigé à sa mémoire, dans sa maison à Mejicanos, au Salvador, le 20 mars 2026
Carmen Armero montre un portrait de son fils Herber Argueta, disparu en 2021, près d'un petit autel érigé à sa mémoire, dans sa maison à Mejicanos, au Salvador, le 20 mars 2026 ( STRINGER / AFP )

Mais "nous ne pouvons pas prendre ce risque", explique Esmeralda Rosales, la sœur de Fernando. "Si la police arrive, elle dira que nous collaborons avec les gangs parce que nous connaissons l'existence de la fosse. Il n'y a aucune volonté de nous aider. Ils se sont concentrés sur les arrestations et non sur la réparation des dommages".

Toute information sur les disparus, qu'ils soient victimes des gangs ou de la guerre civile des années 1980, est confidentielle.

L'AFP n'a pas reçu de réponse à ses demandes auprès du gouvernement, du parquet et de députés de la majorité.

Effacer les disparus

Les familles "ont le droit de savoir ce qui est arrivé à leurs proches" et les Etats ont "l'obligation" de répondre, de les tenir informées et de "garantir leur participation" aux recherches, souligne le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) dans une réponse à l'AFP.

La mère d'une personne disparue pose ses mains couvertes de peinture lors de l'inauguration d'une fresque en hommage aux personnes disparues, à l'Université du Salvador, à San Salvador, le 19 mars 2026
La mère d'une personne disparue pose ses mains couvertes de peinture lors de l'inauguration d'une fresque en hommage aux personnes disparues, à l'Université du Salvador, à San Salvador, le 19 mars 2026 ( STRINGER / AFP )

Au Mexique, qui recense plus de 130.000 disparus, principalement à cause du narcotrafic, les familles organisées en collectifs disposent d'un cadre légal pour obliger l'Etat à rechercher les fosses clandestines.

Au Salvador, il y a deux mois, la députée d'opposition Claudia Ortiz a proposé une loi pour obliger l'Etat à enquêter, créer des registres et soutenir les familles de disparus. Le Parlement, contrôlé par Bukele, a refusé d'en débattre.

"Nous avons un gouvernement qui parle de sécurité mais qui oublie des milliers de familles (...), abandonnées par un Etat qui fait disparaître ses disparus", dénonce-t-elle.

Devant une fresque à la mémoire des disparus à l'Université du Salvador, Sandra Gallegos dit trouver sa force auprès son petit-fils de 12 ans, convaincu que son père Fernando va revenir.

Sandra Gallegos tient un portrait de son fils disparu, Fernando Rosales, lors de l'inauguration d'une fresque murale en hommage aux personnes disparues, à l'Université d'El Salvador, à San Salvador, le 19 mars 2026
Sandra Gallegos tient un portrait de son fils disparu, Fernando Rosales, lors de l'inauguration d'une fresque murale en hommage aux personnes disparues, à l'Université d'El Salvador, à San Salvador, le 19 mars 2026 ( STRINGER / AFP )

"Ma plus grande espérance (...) est de le retrouver vivant. Et s'il n'est plus avec nous, alors de retrouver ses restes, pour avoir un endroit où aller pleurer", dit-elle en écrasant quelques larmes.

Tomasa Lopez, pour sa part, affirme qu'elle continuera "jusqu'à (son) dernier souffle" à chercher sa fille, pour "un jour retrouver et enterrer le peu qu'il restera d'elle". Alors, dit-elle, "nous serons en paix, elle et moi".

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