Mineurs et réseaux sociaux: le procès de Meta face à une coalition d'Etats américains a débuté

| AFP | 212 | 1 par 1 internautes
Photo d'illustration montrant le logo de Meta affiché sur l'écran d'un smartphone à Mulhouse (est de la France), le 11 février 2026
Photo d'illustration montrant le logo de Meta affiché sur l'écran d'un smartphone à Mulhouse (est de la France), le 11 février 2026 ( SEBASTIEN BOZON / AFP/Archives )

Condamné cette année sur la plainte d'une adolescente, puis d'un Etat, Meta affronte une coalition de procureurs généraux américains décidés à démontrer devant la justice fédérale qu'Instagram et Facebook ont été délibérément rendus addictifs pour les mineurs.

La sélection des huit membres du jury populaire a commencé mercredi matin au tribunal fédéral d'Oakland, près de San Francisco, avant une ouverture des débats le 18 août, prévus pour durer jusqu'à fin septembre.

La juge a commencé par interrogé les potentiels jurés sur leur usage de Facebook et d'Instagram, sur les comptes de leurs enfants ou sur ce qu'ils pensent de Mark Zuckerberg. Certains ont été questionnés sur l'âge auquel ils se sont eux-mêmes inscrits, si c'était avant 13 ans, à l'insu de leurs parents et s'ils avaient expérimenté des troubles psychologiques.

"Cela ressemble vraiment à l'industrie du tabac des années 1990", estime auprès de l'AFP Vincent Joralemon, juriste au centre de droit et technologies de l'université de Berkeley.

A l'image des poursuites d'Etats qui ont fini par faire payer des montants records aux cigarettiers il y a trois décennies et par restreindre leur publicité envers les mineurs, ce sont les pratiques commerciales des réseaux sociaux qui sont visées, souligne-t-il.

Les procureurs généraux de Californie, du Colorado, du Kentucky et du New Jersey porteront le fer contre le groupe de Menlo Park, au nom d'une trentaine d'Etats ayant lancé des poursuites en 2023.

Ils réclament de fortes modifications et restrictions de fonctionnement d'Instagram et Facebook pour les mineurs, et jusqu'à 1.400 milliards de dollars de pénalités, une somme proche de la capitalisation boursière de Meta.

Mark Zuckerberg, le PDG de Meta Platforms, le 9 juillet 2026 à Sun Valley, aux Etats-Unis
Mark Zuckerberg, le PDG de Meta Platforms, le 9 juillet 2026 à Sun Valley, aux Etats-Unis ( Kevin Dietsch / GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives )

Un tel montant a peu de chances d'être atteint: en juillet, la juge a qualifié cette estimation de "déraisonnable", et celle avancée par Meta, 4 millions de dollars, de "même pas une tape sur la main", selon le média juridique Law360. La principale menace reste "l'atteinte à la réputation" et l'obligation de modifier en profondeur ses produits, estime M. Joralemon.

Le jury n'aura qu'un rôle consultatif: c'est la juge Yvonne Gonzalez Rogers, qui a arbitré au printemps le procès entre Elon Musk et OpenAI, qui fixera les éventuelles pénalités et mesures de remédiation.

Mark Zuckerberg figure parmi les témoins vedettes attendus à la barre, six mois après sa première comparution devant un jury, à Los Angeles. "Faire venir un patron à la barre peut être très accablant", relève M. Joralemon.

Bouclier fissuré

Les plaignants accusent Meta d'avoir violé leurs lois de protection des consommateurs et une loi fédérale sur les données des enfants (COPPA), avec des fonctionnalités conçues pour retenir les mineurs: défilement infini, notifications nocturnes, "likes".

Cette stratégie vise à contourner l'immunité dont jouissent les plateformes pour les contenus publiés par leurs utilisateurs: c'est la conception des applications qui est donc attaquée, pas ce qu'on y publie. Lundi, la cour d'appel fédérale de San Francisco a écarté sur ce terrain un ultime recours de Meta invoquant ce bouclier juridique.

La juge Yvonne Gonzalez Rogers, lors d'une table ronde à la réunion annuelle de printemps de l'American Bar Association (ABA) consacrée au droit de la concurrence, à Washington, le 2 avril 2025
La juge Yvonne Gonzalez Rogers, lors d'une table ronde à la réunion annuelle de printemps de l'American Bar Association (ABA) consacrée au droit de la concurrence, à Washington, le 2 avril 2025 ( Drew ANGERER / AFP/Archives )

Meta "conteste fermement ces accusations" et se dit "confiant" que les preuves montreront son "engagement de longue date en faveur des jeunes", a déclaré un porte-parole à l'AFP, assurant avoir "écouté les parents, travaillé avec des experts et les forces de l'ordre". Le groupe fera valoir que la santé mentale des jeunes ne peut être imputée à une seule application et que "l'usage problématique" des réseaux sociaux n'est pas une addiction médicalement reconnue.

L'enjeu sera de mesurer "l'écart" entre ce que Meta savait de ses produits et ce qu'il en disait publiquement, estime Nora Freeman Engstrom, professeure de droit à Stanford, spécialiste des contentieux de masse. Un écart révélé à l'automne 2021 par la lanceuse d'alerte Frances Haugen et ses "Facebook Files", dont un volet sur les dégâts d'Instagram chez les adolescentes.

Meta, qui a fait appel, a déjà été condamné deux fois cette année, à payer 6 millions de dollars, solidairement avec YouTube, à une adolescente de Los Angeles, et près d'un milliard de dollars en amendes et réparations au Nouveau-Mexique.

YouTube (Google), Snap et TikTok sont visés en parallèle par des milliers de plaintes de familles et de collectivités éducatives. En mai, les quatre sociétés ont préféré payer ensemble 27 millions de dollars pour éviter un procès-test contre un district scolaire du Kentucky.

Avec un tel contentieux de masse, ces procédures pourraient "durer des décennies", prévient M. Joralemon.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
1 avis
Note moyenne : 1
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 11/08/2026

Des membres d'une équipe de la Croix-Rouge congolaise transportent le cercueil d'une femme qui serait décédée des suites de la maladie à virus Ebola lors de son enterrement dans les règles…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 12/08/2026

La Bourse de New York a clôturé en repli mardi, les investisseurs restant dans l’attente de données majeures sur l’inflation américaine, qui devraient permettre d’affiner les anticipations…

Publié le 12/08/2026

Sur le plan statistique : Japon : 1h50 Evolution des agrégats monétaires au mois de juillet Allemagne : 8h00 Inflation en juillet (+0,8% attendu après -0,3 et en glissement…

Publié le 12/08/2026

(Zonebourse.com) - Les grands indices du Vieux Continent ont fait preuve de prudence durant une bonne partie de la séance de mercredi, avant de s'afficher dans le rouge à la clôture. Les chiffres…

Publié le 12/08/2026

(Zonebourse.com) - L'investisseur activiste Ancora Holdings propose de racheter en numéraire l'activité Building Adhesive Solutions de H.B. Fuller pour un montant pouvant atteindre 1,2 milliard de…