Moyen-Orient: la Russie prête à "compenser" le déficit énergétique de la Chine
La Chine et la Russie ont affirmé leur proximité mercredi face à la guerre au Moyen-Orient, et Moscou a offert à Pékin de "compenser" le déficit de ressources énergétiques qu'elle subirait à cause du conflit.
Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, en visite de deux jours en Chine, a confirmé la venue du président russe Vladimir Poutine au cours du premier semestre 2026.
Le président Xi Jinping pourrait ainsi recevoir successivement dans les prochaines semaines son homologue américain Donald Trump, annoncé mi-mai, et russe, dans une période de tensions géostratégiques.
La Chine et la Russie sont des voisines aux étroites relations diplomatiques et économiques. Elles sont des partenaires de l'Iran et des rivaux des Etats-Unis.
Un rôle important a été attribué à la diplomatie chinoise dans le cessez-le-feu entre l'Iran et les Etats-Unis. La guerre, la quasi paralysie du détroit d'Ormuz et, désormais, le blocus des ports iraniens par les Etats-Unis affectent directement la Chine.
"La Russie peut sans aucun doute compenser le déficit de ressources qui est apparu, aussi bien pour la République populaire de Chine que pour tous les pays désireux de travailler avec nous d'une manière équitable et mutuellement bénéfique", a dit Sergueï Lavrov cité par les agences de presse russe.
La Chine restait en mars le premier acheteur mondial de combustibles fossiles russes, représentant 43% (8,5 milliards d'euros) des recettes d'exportation de la Russie provenant des cinq principaux importateurs, selon le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur (Crea).
Ce qui suscite le scepticisme de Lauri Myllyvirta, analyste au Crea, devant l'offre de M. Lavrov.
"La Chine achète déjà tout ce que la Russie est en mesure d'acheminer via son Extrême-Orient. Le fait de réorienter vers la Chine une partie des cargaisons provenant des ports européens de la Russie ne fera pas apparaître de nouvelles molécules de pétrole ou de gaz", dit-il à l'AFP.
Chine et Russie souhaitent "probablement explorer les possibilités de dialogue avec l'Iran sans aggraver la situation", analyse Ja Ian Chong, professeur à l'Université nationale de Singapour.
Mais leurs intérêts peuvent diverger, met-il en garde.
"La flambée des prix de l'énergie et la levée temporaire (par les Etats-Unis) des sanctions sur le pétrole et le gaz russes profitent à l'économie et à l'appareil militaire russes, alimentant ainsi son agression en Ukraine", note M. Chong.
Mais côté chinois, cette hausse des cours, "conjuguée aux perturbations des approvisionnements en engrais, en hélium et en aluminium, pèse sur l'économie", observe-t-il.
Nouvelle urgence diplomatique
La Chine parvient pour l'heure à amortir le choc énergétique mieux que d'autres pays asiatiques également fortement tributaires des importations, grâce à ses stocks et à un effort mené de longue date pour diversifier ses approvisionnements et sa production d'énergie, selon des analystes.
Mais la donne pourrait changer si le conflit dure. Les experts soulignent l'impact de la guerre sur les marchés destinataires des exportations chinoises, comme l'Europe.
La Chine s'est discrètement mais activement engagée dans l'effort de paix. Malgré la rivalité avec Washington et les relations avec Téhéran, elle a fait montre publiquement de retenue dans ses critiques contre les Etats-Unis et dans son soutien à l'Iran, pour ne pas s'aliéner les pays du Golfe où elle a aussi des intérêts significatifs.
Le président Xi a attendu mardi pour s'exprimer sur la guerre et a déclaré que son pays continuerait à jouer un rôle diplomatique "constructif". Sa diplomatie a cependant haussé le ton mardi vis-à-vis des Etats-Unis en jugeant "irresponsable" le blocus des ports iraniens.
M. Lavrov était à Pékin en même temps que plusieurs dirigeants étrangers: le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, le prince héritier d'Abou Dhabi, Khaled ben Mohammed ben Zayed Al Nahyane, et le président vietnamien To Lam, tous concernés à des degrés divers par la guerre et tous reçus par le président Xi entre mardi et mercredi.
Dylan Loh, professeur à l'université technologique Nanyang de Singapour, note qu'il s'agit d'une activité diplomatique normale pour une puissance comme la Chine, mais à laquelle la guerre confère une nouvelle urgence.
La Chine a de l'influence sur l'Iran, "et l'on espère, et l'on attend qu'elle s'en serve de manière plus directe", dit-il.
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