Espagne: dernier jour pour les sans-papiers candidats à la régularisation

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Des personnes font la queue pour entrer dans les locaux de la Commission espagnole d'aide aux réfugiés (CEAR) à Madrid, en Espagne, le 22 avril 2026
Des personnes font la queue pour entrer dans les locaux de la Commission espagnole d'aide aux réfugiés (CEAR) à Madrid, en Espagne, le 22 avril 2026 ( Thomas COEX / AFP/Archives )

Près d'un million de sans-papiers ont déposé depuis mi-avril leur dossier en Espagne pour profiter du plan de régularisation extraordinaire lancé par le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez, les derniers retardataires ayant jusqu'à mardi soir pour transmettre les documents requis.

Les autorités ont trois mois pour traiter les demandes et délivrer -- ou non -- à ces demandeurs un permis de séjour et de travail uniquement valable dans le pays.

Cette procédure doit bénéficier à "près d'un demi-million de personnes", en grande majorité des migrants latino-américains déjà installés sur le sol espagnol, avait chiffré l'exécutif en lançant la procédure.

"C'est une grande opportunité", applaudit auprès de l'AFP Juana Hernandez, une Cubaine de 59 ans vivant à Madrid.

Arrivée depuis deux ans et demi en Espagne, elle raconte avoir payé "autour de 200 euros" un avocat qui s'est chargé de faire les démarches administratives pour elle, "pour être plus sûre", tout en recevant l'aide d'une association d'aide aux migrants.

Cette titulaire d'un diplôme d'anglais, en formation pour travailler à l'aéroport de Madrid-Barajas, explique avoir été "un peu inquiète" au début de la procédure, avant de recevoir il y a quelques jours, pour son plus grand plaisir, "la notification de recevabilité" de son dossier.

Il y a quelques jours, quelque 360.000 demandes avaient déjà été jugées "recevables" pour un total de 900.000 dossiers déposés, pas encore tous traités, avait indiqué une source gouvernementale à l'AFP.

Attente et espoirs

Comme Juana Hernandez, toutes les personnes intéressées pour être régularisées devaient justifier d'au moins cinq mois de présence en Espagne au 1er janvier et également prouver qu'elles n'avaient pas de casier judiciaire.

La procédure pouvait être réalisée en ligne ou bien directement dans les centres administratifs dédiés.

Un ouvrier se tient sur un chantier routier à Madrid, le 22 juin 2026
Un ouvrier se tient sur un chantier routier à Madrid, le 22 juin 2026 ( OSCAR DEL POZO / AFP/Archives )

Dans la région de Cantabrie (nord), Mohamed (qui n'a pas souhaité donner son nom de famille), un Marocain de 23 ans présent illégalement en Espagne depuis "à peu près quatre ans", décrit un parcours administratif "relativement facile".

En recherche d'emploi, il souhaite être régularisé "pour pouvoir travailler légalement, cotiser", et ainsi éviter que des employeurs peu scrupuleux, dit-il, "profitent" de lui comme d'autres personnes en situation irrégulière, "en payant des salaires très faibles, sans aucun droit, voire en ne payant pas du tout dans certains cas...".

Vivant avec une compagne espagnole, il n'a toujours pas reçu de réponse de l'administration, mais assure "garder confiance".

"Les mêmes droits"

En pleine tourmente liée à des scandales de corruption et de trafic d'influence touchant son entourage proche et le parti socialiste, Pedro Sánchez a fait de ce plan extraordinaire l'étendard de sa politique d'ouverture, à rebours du durcissement migratoire observé dans une grande partie de l'Europe.

"Celles et ceux qui vivent déjà dans notre pays et qui contribuent au développement économique de notre pays méritent d'avoir les mêmes droits que n'importe quel autre citoyen", a-t-il soutenu à l'issue d'un sommet européen à Bruxelles le 19 juin, après un échange tendu à huis clos sur le sujet avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, selon des médias.

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s'exprime au Congrès des députés, à Madrid, le 24 juin 2026
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, s'exprime au Congrès des députés, à Madrid, le 24 juin 2026 ( Oscar DEL POZO / AFP/Archives )

Face à la presse, le dirigeant socialiste avait aussi évoqué "les besoins en main d'œuvre" dans certains secteurs de l'activité, comme le BTP, une approche pragmatique saluée notamment par le patron de la principale organisation patronale espagnole (CEOE), avec l'objectif de soutenir l'une des économies les plus dynamiques d'Europe.

Vent debout, l'opposition de droite et, surtout, d'extrême droite a pour sa part dénoncé respectivement une politique "insensée" et "une invasion migratoire", au moment où la question de l'immigration polarise de plus en plus le débat public en Espagne, un pays longtemps terre d'émigration au XXe siècle.

En l'absence de majorité parlementaire, l'exécutif a pu lancer son vaste plan en adoptant un "décret royal", une réglementation prévue dans la Constitution espagnole qui doit ensuite être publiée au Journal officiel, sans devoir passer par un vote des députés.

Ce texte faisait suite à une initiative populaire signée par plus de 600.000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeait la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne.

En Espagne, l'une des principales portes d'entrée de l'immigration en Europe, près de 37.000 migrants irréguliers sont entrés en 2025, un chiffre en forte baisse par rapport à 2024 (-42,6%), d'après le ministère de l'Intérieur.

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