Depuis Monaco, le pape Léon XIV dénonce les "abîmes entre pauvres et riches"
Depuis Monaco, principauté catholique surtout connue pour son luxe opulent, le pape Léon XIV a dénoncé samedi le creusement "des abîmes entre pauvres et riches" et les méfaits de "la logique de la toute-puissance", avant une messe où sont attendues 15.000 personnes.
Arrivé depuis Rome en hélicoptère dans ce micro-Etat d'à peine 2 km² coincé entre la France et l'Italie, le pape, premier à visiter la principauté depuis près de 500 ans, a été accueilli par le prince Albert II et la princesse Charlène, vêtue de blanc, sous un soleil radieux.
Depuis le balcon du palais princier, face à plus de 5.000 personnes, Léon XIV a abordé sans détour la réalité financière de ce territoire surtout connu pour ses casinos, ses milliardaires et son immobilier aux prix vertigineux, bien que le catholicisme y soit religion d'Etat.
S'exprimant en français, il a fustigé "les configurations injustes du pouvoir, les structures de péché qui creusent des abîmes entre pauvres et riches, entre privilégiés et rejetés, entre amis et ennemis".
Léon XIV, qui a passé une vingtaine d'années comme missionnaire dans les régions pauvres du Pérou, s'inscrit dans la lignée de son prédécesseur François en matière de justice sociale et de lutte contre les inégalités, et dans l'héritage de la doctrine sociale de l'Eglise élaborée à la fin du XIXe siècle par Léon XIII.
"Le don de la petitesse (...) engage votre richesse au service du droit et de la justice, surtout à un moment historique où la démonstration de la force et la logique de la toute-puissance blessent le monde et compromettent la paix", a-t-il encore lancé, dans une référence claire aux conflits qui se multiplient à travers le monde.
Dans la cour du palais, des milliers de fidèles ont acclamé le pape en brandissant de petits drapeaux jaune et blanc ou rouge et blanc, aux couleurs du Vatican ou de Monaco.
"Je tremble, c'est beaucoup d'émotion, beaucoup de fierté", a confié Alix Pearce, 34 ans, attachée commerciale venue en famille.
"On est déjà très généreux"
Le chef des 1,4 milliard de catholiques dans le monde a directement interpellé les Monégasques, dont certains l'écoutaient une coupe de champagne à la main depuis les balcons d'appartements privés donnant sur la place: "Vivre ici est pour certains un privilège et pour chacun un appel spécifique à s'interroger sur sa propre place dans le monde".
Il y a un "impératif de solidarité de la part de ceux qui ont le plus de moyens", a reconnu le prince Albert II, qui a pour sa part consacré une partie sa fortune et de son entregent à la protection de l'environnement.
"Nous on est privilégiés, mais les responsabilités on en a tous, même sans les privilèges. Ici on a beaucoup de chance mais on est un petit peuple, on est déjà très généreux", a réagi Marge Valentino, 73 ans, résidente italienne à Monaco.
Si les acclamations étaient sincères tout au long du parcours, la liesse populaire espérée par les autorités, qui avaient publié de grandes pages de publicité pour inviter le public du Var jusqu'à l'Italie, ne s'est pas concrétisée.
Elle était en revanche présente parmi les plus de 1.500 jeunes qui ont accueilli le pape dans une nuée de téléphones portables devant l'église Sainte-Dévote, la patronne de Monaco. Et les bateaux du port, dont beaucoup de yachts, ont ajouté à l'ambiance en saluant le pape avec leurs cornes de brume.
A la mi-journée, au son de chants religieux, des milliers de fidèles ont ensuite commencé à prendre place dans les travées du stade Louis II où se déroulera une messe en plein air à 15H30 (14H30 GMT).
Dans les rues de Monte-Carlo, lustrées mais hérissées des grues de nombreux chantiers immobiliers, les panneaux à l'effigie du chef de l'Eglise catholique contrastent avec les voitures de sport rutilantes, les boutiques de luxe et le flot des milliers de participants à un congrès international de médecine esthétique qui s'achève samedi de l'autre côté de la principauté.
Soucieuses de dépasser les clichés, les autorités ont insisté sur les longues relations diplomatiques avec le Saint-Siège et la place de la religion dans leur pays.
Seuls 8% des 39.000 habitants - dont un quart de nationalité monégasque - se déclarent pratiquants mais les bancs des églises restent l'un des derniers lieux où se côtoient milliardaires, femmes de ménage et maçons de quelque 140 nationalités.
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