Inde : les chefs du mouvement des "cafards", remis en liberté, appellent à poursuivre la fronde

| AFP | 313 | Aucun vote sur cette news
Les membres des forces de sécurité arrivent pour prendre leur poste à un point de contrôle temporaire à New Delhi, le 11 octobre 2026
Les membres des forces de sécurité arrivent pour prendre leur poste à un point de contrôle temporaire à New Delhi, le 11 octobre 2026 ( Sajjad HUSSAIN / AFP )

Les chefs du mouvement indien des "cafards" ont été remis en liberté dimanche après vingt-quatre heures de détention et ont aussitôt promis de continuer leur mobilisation pour obtenir la démission du président de la commission électorale, en défiant le Premier ministre Narendra Modi.

La détention des trois dirigeants, arrêtés samedi à leur descente d'avion à New Delhi en amont de la manifestation qu'ils avaient organisée, a été levée par un magistrat, a annoncé leur avocate, Ratna Singh.

La décision a été prise "à la condition qu'ils ne troublent pas l'ordre public pendant un an", a précisé Mme Singh.

"Mais participer à une manifestation pacifique est un droit constitutionnel et ne perturbe pas l'ordre public", a aussitôt nuancé leur Parti du peuple des cafards (CJP).

L'un des trois jeunes fraîchement libérés, Saurav Das, a lancé devant la presse un nouvel appel à manifester. "Nous ne cèderons pas (...) nous exhortons la gens à descendre dans les rues et protester pacifiquement", a-t-il déclaré.

Sur les réseaux sociaux, le fondateur du mouvement, Abhijeet Dipke, s'en est pris violemment au chef du gouvernement ultranationaliste hindou, accusé de dérive autoritaire depuis son arrivée à la tête du pays en 2014.

"Modi fait honte à l'Inde", a-t-il écrit sur X, "le pays n'a jamais connu pire couard et pire brute".

Selon la presse indienne, la police a procédé samedi à des milliers d'arrestations pour empêcher la tenue de la manifestation prévue samedi.

Reporters sans frontières (RSF) estime qu'au moins 16 journalistes ont également été placés en détention. "Couvrir des événements d'intérêt public n'est pas un crime, a écrit l'ONG dans un communiqué. C'est leur travail. Les actions de la police contre la presse sont inacceptables".

Respect de la loi

Des journalistes de l'AFP ont assisté tout au long de la journée à de nombreuses interpellations de manifestants qui tentaient de rallier le centre de Delhi, forcés de monter dans des bus affrétés par les forces de l'ordre.

La police, qui n'a pas publié de décompte des arrestations, doit tenir une conférence de presse dimanche après-midi.

Depuis plusieurs semaines, l'opposition et les "cafards", un mouvement de jeunes né en ligne au printemps dernier, appelé ainsi par dérision après qu'un juge a décrit des opposants comme des "cafards", mènent la fronde contre une révision des listes électorales qui a permis la radiation de 130 millions d'inscrits, selon le décompte des médias.

Des policiers montent la garde à un point de contrôle temporaire à New Delhi, le 11 octobre 2026
Des policiers montent la garde à un point de contrôle temporaire à New Delhi, le 11 octobre 2026 ( Sajjad HUSSAIN / AFP )

Entamé l'an dernier, ce nettoyage visait à en retirer les doublons, défunts et fraudeurs.

Mais ses détracteurs l'accusent d'écarter en priorité les minorités, notamment les musulmans, et les populations les plus vulnérables au profit du Bharatiya Janata Party (BJP) de M. Modi.

La commission électorale et son président, Gyanesh Kumar, ont démenti toute irrégularité dans la procédure.

La vague d'arrestations opérée par les autorités indiennes samedi a suscité de vives critiques en Inde, où l'opposition a largement dénoncé la "dictature" de M. Modi.

Saisie en urgence, la Cour suprême a rappelé dimanche le gouvernement au strict respect de la loi. "La liberté de mouvement doit être garantie", "l'internet ne doit pas être perturbé" et "la détention n'est permise qu'en respect de la procédure", a-t-elle écrit.

"En masse dans les rues"

La plus haute juridiction indienne "a montré aujourd'hui que l'ordre public n'était pas dicté par un policier mais régi par la constitution de l'Inde", s'est réjoui devant la presse l'avocat Sanjay Hegde, spécialiste de la défense des droits humains.

A la pointe de la fronde au côté des "cafards" depuis des semaines, le chef de l'opposition Rahul Gandhi a lui aussi promis de poursuivre la mobilisation.

"Demain (lundi) nous allons marcher jusqu'à la Cour suprême", a-t-il annoncé. "Que tous ceux qui croient en la démocratie et qui veulent la défendre nous rejoignent (...) ces couards (du gouvernement, NDLR) ne peuvent rien contre nous".

Un responsable du mouvement des
Un responsable du mouvement des "cafards", Ajinkya Shinde, lors d'une conférence de presse le 10 octobre 2026 à New Delhi ( Arun SANKAR / AFP )

Le centre de la New Delhi est resté quadrillé dimanche par d'importants effectifs de police, notamment autour du site emblématique de Jantar Mantar.

C'est en occupant ce site emblématique de la contestation dans la capitale que le mouvement des "cafards" avait obtenu en juillet la démission du ministre de l'Education, jugé responsable des fraudes récurrentes aux examens universitaires.

Le mouvement a été créé en ligne en mai en réaction à des propos du président de la Cour suprême qualifiant les jeunes chômeurs de "parasites" et de "cafards".

Cette crise a été largement considérée comme une défaite pour Narendra Modi, contraint de céder pour la première fois à la rue depuis son arrivée au pouvoir en 2014.

 ■

Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.

Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.

Votez pour cet article
0 avis
Note moyenne : 0
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
  • 0 vote
SUR LE MÊME SUJET
Publié le 14/10/2026

Des policiers devant le collège Joseph-Lakanal à Aubagne, après que le principal et une enseignante ont été blessés par un tir de fusil de chasse, le 12 octobre 2026 dans les…

Publié le 14/10/2026

Un salarié contrôle un verre à l'usine Duralex de La Chapelle-Saint-Mesmin près d'Orléans, dans le Loiret, le 31 juillet 2024 ( GUILLAUME SOUVANT / AFP/Archives )Duralex est sauvée : la…

Publié le 13/10/2026

Le stade de Stamford Bridg, le 10 octobre 2026, où joue le club de football londonien de Chelsea, dont Roman Abramovitch a été propriétaire avant de devoir le céder en 2022. ( Glyn KIRK /…

Publié le 13/10/2026

Une fenêtre cassée par laquelle les voleurs sont passés pour dérober au musée du Louvre les joyaux de la Couronne, à Paris le 20 octobre 2025 ( Dimitar DILKOFF / AFP/Archives )Un an après…

Publié le 12/10/2026

Les ministres de l'Education nationale Edouard Geffray et de l'Intérieur Laurent Nunez à Aubagne, le 12 octobre 2026 ( Miguel MEDINA / AFP )Voici les derniers développements lundi de la…

À LIRE AUSSI SUR BOURSE DIRECT
Publié le 14/10/2026

Le CAC40 cash a clôturé la séance en baisse 0,07% à 7 827,63 points dans un volume soutenu de 3.369 MD€.

Publié le 14/10/2026

Votre rendez-vous quotidien avec les petites et moyennes capitalisations ! Chaque jour, retrouvez l’analyse d’Eric Lewin sur les valeurs Small & Mid Caps du moment qui font l’actualité.

Publié le 14/10/2026

(Zonebourse.com) - Plusieurs parlementaires démocrates américains demandent à la Federal Aviation Administration (FAA) de réaliser une nouvelle évaluation environnementale avant d'autoriser…

Publié le 14/10/2026

(Zonebourse.com) - Le constructeur de catamarans observe une amélioration de la dynamique commerciale après quatre années de contraction du marché nautique. Il mise sur quatre nouveaux modèles…